Après la pluie theogiacometti.com
   
Après la pluie
Les jours sont passés. La pluie ne semble pas vouloir s'arrêter, comme s'il fallait encore des milliers de litres d'eau pour laver les rues de Marseille de leur colère. Dans la boue et les décombres, les secouristes dégagent de nouveaux corps. Toujours. Plusieurs immeubles sont évacués, menaçant à leur tour de s'effondrer. La maladie s'est déclarée et elle est contagieuse.

Alors on dégage, on cache. Pas loin, à quelques rues, sur un terrain vague, les décombres s'accumulent : poutres en bois, éclats de plancher, matelas, étagères et effets personnels sont déchargés devant une vingtaine de policiers.

Dans l'agitation des rues, la solidarité s'organise. Les voisins récoltent des habits, de la nourriture ou des produits de premières nécessité pour les habitants qui n'ont plus nulle part où aller. Les immeubles sont évacués les uns après les autres et dans le froid de l'automne tout le monde n'a pas eu droit à une chambre à l'hôtel, on se serre les coudes. « Ma voisine, elle est seule avec ses deux minots. Elle n'ose même pas venir ici chercher à manger. »
Demain, une marche blanche sera organisée dans le quartier pour rendre hommage aux victimes. Après la pluie, après le deuil ce sera le temps de la colère et de la justice.

Par terre, au pied des barrières de police et devant les draps blanc qui masquent la scène, quelques bougies tremblotent. Des mots, collés aux murs, crient le chagrin et l'indignation : « Ce n'est pas la pluie ».

Non, ce n'est pas la pluie.


http://hanslucas.com/tgiacometti/photo/19350
Top